« Et si on repoussait le projet X à la semaine prochaine ? » : voilà une réponse courante quand on planifie des tâches qu'on trouve ennuyeuses, floues ou intimidantes. Le raisonnement ressemble à peu près à ceci. Je préfère nettement faire ceci plutôt que le projet X, et je sais que les deux doivent être faits, alors autant repousser le temps que je consacre au projet X. Est-ce grave ? Ce phénomène, repousser sans nécessité, s'appelle la procrastination. Et, eh bien, cela dépend.
Commençons par crever l'abcès : si nous procrastinons, ce n'est pas par paresse. Être paresseux, c'est refuser sciemment de fournir l'effort demandé. Procrastiner, c'est simplement repousser une tâche pour des raisons souvent intérieures. Et là où la paresse mérite sans doute qu'on s'y attaque, la procrastination est plus nuancée. Elle comporte un risque, mais pourquoi procrastinons-nous ?
La procrastination naît souvent de la peur de l'inconnu. L'inconnu, c'est la réaction que suscitera notre travail, le fait de ne pas (encore) savoir comment nous y prendre, ou tout simplement l'appréhension du temps que cela va prendre ou de l'ennui qui nous attend. Nous procrastinons surtout devant ce qui nous fait peur, pour une raison ou pour une autre : une déclaration d'impôts (peur du résultat), un devoir important à rendre (difficulté de la tâche) ou la réparation de la cabane au fond du jardin (durée et/ou difficulté).
Repousser une tâche en toute conscience n'est pas toujours une mauvaise chose. Parfois, il s'agit simplement d'accorder son agenda à ses priorités du moment. Il est par exemple tout à fait logique de différer un nouveau projet parce qu'il faut d'abord terminer le précédent. Mais il y a des risques. Repousser peut aussi mener à une moins bonne gestion du temps, à plus de stress, d'anxiété et de fatigue, ou à des décisions prises à notre place. Mieux vaut ainsi ne pas trop tarder à répondre à une offre d'emploi, au risque de lasser l'employeur et de le voir embaucher quelqu'un d'autre.
Savoir reconnaître le moment où l'on procrastine aide déjà beaucoup à y faire face en conscience. Quand vous vous surprenez à repousser quelque chose, demandez-vous s'il existe une bonne raison de le faire, et si cela n'aura pas de conséquences fâcheuses. Si la réponse est non, lancez-vous et attaquez le projet X. Même si vous ne pouvez pas le terminer d'une traite, le simple fait de commencer nous met en mouvement, et les peurs qui vous poussaient à procrastiner pourraient bien se volatiliser. Vous l'avez fait ! Vous avez vaincu la procrastination.

